Les maux de ventre

Je vous ai retransmis ici les conseils donnés par trois médecins sur la façon de traiter au mieux les maux de ventre, surtout pendant la période de confinement, lors d’une chronique sur France Inter dans l’émission « Grand bien vous fasse » de Ali Rebeihi, le 23/03/2020.

Ces trois médecins sont le Pr Matthieu Allez, hépato-gastro-entérologue, chef de service à l’hôpital Saint-Louis à Paris, le Dr Philippe Godeberge, hépato-gastro-entérologue et colo-proctologue « qu’est-ce que tu as dans le ventre » chez Hachette pratique et le Dr Catherine Lacrosnière, médecin nutritionniste.

Maux de ventre et confinement

Le confinement donne des maux de ventre, des crises d’angoisse, ça rend malade… Effectivement, ce confinement est une expérience psychologique difficile avec un impact digestif important, des sentiments dépressifs qui se développent, ce qui peut majorer des symptômes digestifs qui peuvent préexister.

Mais il faut aussi positiver. Il y a des points positifs au confinement car au niveau digestif ça peut obliger les gens à pendre des repas réguliers, à un rythme régulier, avec des repas plus sains qui peuvent être cuisinés eux-mêmes, donne le temps de manger doucement car le repas deviendra un moment en pleine conscience relativement important. Des personnes vont donc en tirer des bénéfices en prenant de bonnes habitudes mais cela va majorer des troubles préexistants car le contexte est anxiogène.

Quels maux ? Quelle fréquence ?

Selon certaines statistiques, un français sur trois se plaint de reflux gastro-oesophagien (RGO) (ou brûlure d’estomac ou remontée acide). Trois millions de français dont deux tiers de femmes souffrent de constipation. Dans les pays occidentaux, le nombre de personnes souffrant de constipation est estimé à 3 ou 5 % de la population adulte. Directement ou indirectement, tout le monde est touché par les maux de ventre, ils sont très fréquents dans la population générale.

Il faut distinguer les douleurs abdominales aiguës des douleurs abdominales chroniques, celles qui persistent et qui ne traduisent pas une maladie organique mais des troubles fonctionnels. Certains symptômes peuvent par contre révéler une pathologie abdominale chronique qu’il faut savoir diagnostiquer. Il est encore tabou de dire que ça ne tourne pas rond dans son ventre, il est question de ballonnements, de gargouillis, de incongrus, de flatulences, de diarrhées, de constipation, et parfois tabou ultime, d’incontinence.

Jean-Paul Sartre disait : « On devrait pouvoir aimé tout d’une personne, l’œsophage, le foie, les intestins, si on les voyait comme nos mains, nos bras, peut-être qu’on les aimerait ». Cette phrase traduit le fait qu’il n’y a pas de hiérarchie dans le corps et que tous les organes se valent, il n’y a pas de maladie qui vaille mieux qu’une autre. Il y a peut-être des maladies plus sévères que d’autres.

La fréquence des troubles digestifs ne doit pas minimiser le fait que même si c’est fréquent et même si c’est beaucoup d’entre eux sont bénins, ça ne veut pas pour autant dire qu’ils soient plus confortables.

Description du système digestif

L’appareil digestif comprend avant tout un tube, de structure plus complexe, comme un grand tuyau qui va de la bouche jusqu’à la sortie et qui va permettre de faire passer les aliments dans une poche de réserve qui est l’estomac. On mange de façon intermittente, mais la réserve que constitue l’estomac va par petits bouts vider progressivement son contenu dans un intestin qui est l’intestin grêle, le petit intestin qui fait plusieurs mètres, qui est une espèce d’usine permettant de transformer les produits alimentaires qui sont relativement gros en tout petits fragments qu’on appelle des molécules qui vont passer à travers cette paroi pour aller nourrir le reste de nos organes.

Ce travail là est aidé par deux glandes qui sont branchées, deux masses un peu spongieuses, le foie et le pancréas, tout deux importants à cette bonne fonction de digestion.

Puis le reliquat de ce qui est excrété va arriver dans le côlon. Six litres par jour arrive au début du côlon qui aura une fonction d‘éponge, pour réduire de 10 à 20% seulement ce petit volume.

Ce qui va finir par être excrété, ce sont les selles qui vont finir par ressortir au niveau de l’anus.

C’est ça le tube digestif !

Les secrets d’une bonne digestion

Une bonne mastication : pourquoi est-il si important de bien mastiquer, de ne pas négliger cette étape ? La fragmentation mécanique que constitue la mastication permet à l’estomac de se concentrer sur son travail, c’est-à-dire de réduire, d’acidifier, et même de stériliser par l’acide qu’il sécrète le contenu intestinal.

La salive contient de l’amylase, une enzyme qui va casser l’amidon qui est contenu dans le riz ou les pommes de terre par exemple.

On pourrait presque dire également que dans la bonne digestion, il y a le bon lavage des mains. Pour avoir une digestion harmonieuse, en se lavant les mains on voit diminuer considérablement le taux de gastroentérites hivernales. On avait vu ça pour l’épidémie de H1N1 où il était répété à l’envie combien il était important de se laver les mains pour limiter l’infection virale, on avait vu s’effondrer le taux de gastro-entérites virales. Là c’est exactement la même chose.

Est-il plus difficile de digérer les matières grasses ? Les protéines ? Les glucides ?

La mastication est importante.

Ce qui est aussi très important, c’est la qualité de l’alimentation, l’équilibre dans son alimentation, de prendre le temps de manger. Par exemple dans les pathologies de RGO, il est vrai qu’un repas gras va favoriser ce type de symptômes.

Ce qui est important c’est de consacrer du temps à l’alimentation, de préparer son alimentation, utiliser des bons produits car ce qu’on mange va être absorbé et la partie qui n’est pas absorbée va nourrir les microbes qui sont plus loin dans le tube digestif et qui jouent aussi un rôle important dans la santé. Il faut favoriser une alimentation diversifiée, l’équilibre, ne pas trop manger, ni trop sucré ni trop gras, utiliser des produits frais si on peut, suivre les saisons. Cela peut permettre d’améliorer la symptomatologie digestive.

Autres recommandations

Par exemple lorsqu’on est en surpoids, on va favoriser le RGO. La première chose est de manger équilibrer et peu gras, et puis aussi de fractionner ses repas.

Des aliments vont favoriser le RGO : la consommation d’alcool, de chocolat, de café, de thé ou de certaines épices ou herbes, comme une infusion de menthe par exemple, va aggraver les symptômes du RGO. Il y a une liste (1) d’aliments à connaître pour améliorer sa symptomatologie (éviter les aliments gras comme ceux du fast-food, les aliments frits, le fromage, les viandes transformées, la tomate, le piment, les agrumes, les jus de fruit, parfois l’ail, les oignons, préférez les protéines maigres comme le poulet, les graisses saines comme l’huile d’olive ou de noix de coco, l’avocat, le lait de coco, les graines de chia, de lin ou d’amandes, privilégiez les légumes frais comme la patate douce, les carottes, asperges, pois, concombre, fenouil, haricots verts…)

Comment s’explique le RGO ?

La partie haute du tube digestif correspond à une bouteille et un goulot. Le contenu de la bouteille théoriquement est fait pour être progressivement évacué vers le bas et là il arrive de temps en temps que ça remonte vers le goulot. Et plus la bouteille reste pleine longtemps (car on mange une grande quantité, des aliments gras ou des aliments qui ralentissent la vidange de l’estomac), tout cela va favoriser la remontée de la bouteille dans le goulot. Et puis deuxièmement c’est une bouteille donc quand vous l’incliner, que vous l’allongez et qu’elle est pleine, elle va remonter plus facilement, ça va déborder plus facilement. Donc quand on souffre d’un reflux, il faut respecter un délai entre la fin du repas et le fait de s’aliter, de l’ordre de 2h au minimum pour limiter les phénomènes de reflux qui sont nocturnes Le pire est évidemment la sieste après un repas de fête qui va favoriser le reflux.

Il est bon de surélever la tête de lit d’une trentaine de centimètres. Il faut mettre une cale sous les pieds de la tête de lit. Il faut bien surélever la tête. On peut dormir à plat sur un lit incliné mais ne pas se tromper, bien mettre la cale sous les pieds de la tête de lit et pas forcément rajouter des oreillers supplémentaires car on risque de se tordre le cou..! Et en plus on glisse dans la nuit … Donc dormir à plat mais sur un lit légèrement surélever.

Il faut savoir que le vomissement n’est pas relié au reflux.

Parmi les maux de ventre les plus fréquents, on trouve le syndrome de l’intestin irritable (SI), entre 10 et 20% de la population française serait touchée. Le SI est une pathologie fonctionnelle, c’est-à-dire que si on fait des examens poussés, on n’aura aucune anomalie. Ça correspond à des symptômes ressentis sans qu’on objective d’anomalie du système digestif. C’est très fréquent et ça engendre un impact parfois majeur sur la qualité de vie. Il y a des solutions : l’importance de l’hygiène de vie, de l’alimentation, de la qualité du temps pris à s’alimenter et du contrôle du poids va participer à l’amélioration des symptômes.

À ne pas confondre avec une maladie de l’intestin chronique (MICI), essentiellement la maladie de Crohn et la rectolite hémorragique touchent environ 250 000 personnes en France.

Que faire quand l’intestin ballonne et qu’on ressent un peu de constipation parce qu’on ne bouge pas beaucoup en ce moment ? La nutrition a toute sa place dans la prise en charge du SI, il y a des recommandations très classiques : augmenter les fibres, en particulier les fibres insolubles, celles du son de blé, des légumineuses en cas de constipation ; mais les choses se compliquent un peu car certaines de ces fibres vont favoriser des ballonnements. En ce qui concerne les ballonnements, on va favoriser les autres, c’est-à-dire les fibres solubles, celles des courgettes, des patates douces, on va limiter les boissons gazeuses et les repas gras.

Le SI peut aussi s’accompagner de diarrhées, donc on ira plutôt vers les fibres solubles, on limite le café, on propose de limiter aussi les laitages de vache.

Dernier conseil, pour éviter les maux de ventre : MANGER DOUCEMENT ! Et du bon sens dans son alimentation, manger équilibré.

Vous l’aurez compris, une des choses les plus importantes pour limiter les maux de ventre est avant tout de bien veiller à une alimentation saine et équilibrée et de surtout bien mastiquer !!

(1) https://therapeutesmagazine.com/reflux-gastro-oesophagien-aliments-a-eviter-aliments-a-privilegier/

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2 thoughts on “Les maux de ventre

  1. Bonjour Déborah,

    Oui je me faisais la réflexion il y a quelques jours que le changement de rythme induit par le confinement devait impacter les transit de beaucoup de personnes. Le fait de ne pas “bouger” suffisamment, ou bien de se mettre au sport de façon trop brutale.
    Et puis il y a notre ami le stress qui participe à tout ce que tu as cité dans ton article.
    Merci pour cet éclairage

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